2012年5月1日火曜日

おかあさん、英・仏字幕 Okaasan in English, en français

映画「おかあさん」( http://ernesto-mr-t.blogspot.jp/2012/04/dia-de-showa.html http://ernesto-mr-t.blogspot.jp/2012/04/madre-en-espanol.html ) の英語版も、という 要望が 何人かから寄せられましたので、英語字幕版、それに、フランス語字幕版も加えることにしました。ただし、音声はどちらもオリジナル日本語です。

では、まず英語字幕版から。


次は仏語字幕版と、仏語による解説です。


Profitant d’un petit voyage à Tokyo (la traduction française étonnante du titre du film de Ozu 東京物語), je me suis rendu au Tokyo National Film Center, le plus joliment appelé 東京国立近代美術館フィルムセンター en japonais. Il y avait longtemps que j’avais prévu de me rendre dans ce lieu mythique, pendant japonais de la Cinémathèque française. Chaque mois, de nouvelles programmations alléchantes sont organisées et pour les provinciaux, dont je suis, il n’est pas toujours facile de prendre part aux festivités.
Dans le cadre d’une rétrospective de l’actrice Kinuyo Tanaka, 田中絹代, je suis allé voir Okaasan, おかあさん, un film écrit par Mikio Naruse, 成瀬巳喜男 en 1952. Il a fallu longtemps pour que ce très grand réalisateur, à la filmographie si longue qu’elle en devient indécente, soit reconnu parmi les maîtres du cinéma japonais. Aujourd’hui, toutes les éditions les plus prestigieuses y vont de leur coffret Naruse mais il fut un temps où nul ne pouvait voir ses oeuvres en Europe ou aux Etats-Unis.
Ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, avec en tête des éditions chinoises obscures, tous ses films sont disponibles avec des sous-titres français (pour certains) ou anglais (pour la quasi totalité de ses films).
Quand on parle de Mikio Naruse, on pense souvent à ses chefs-d’oeuvre intemporels : Nuages Flottants, Le Son de la Montagne ou encore Chrysanthème Tardif, respectivement 浮雲、山の音 et 晩菊. Il faut dire qu’au milieu de ces grands films se trouvent une masse de réussites plus modestes. Travaillant d’arrache-pied toute sa vie, Mikio Naruse n’a pas réalisé que des chefs-d’oeuvre, loin s’en faut, et il s’avère particulièrement délicat de faire la part des choses quand on apprécie un réalisateur tel que lui. Il ne faut pas oublier qu’il a toujours été très fidèle au système des studios japonais, auxquels s’opposeront avec virulence tous les cinéastes de la Nouvelle Vague à venir, et qu’à ce titre, il a réalisé des oeuvres pour lesquelles il n’éprouvait aucun attachement particulier.
Okasan fait clairement partie de ses films mineurs. Pourtant on retrouve les thèmes qu’il a toujours chéris. A l’origine du scénario, un concours d’essais organisé dans les écoles du pays. Le studio a demandé à Naruse d’écrire un scénario en se basant sur le contenu de cet essai. Ceci explique sûrement l’importance accordée à la narration en off de Toshiko, la fille aînée au centre du récit. Ouvrant et clôturant le film, la voix de Toshiko exprime comme une litanie l’amour qu’elle porte à sa mère et les raisons de cet amour filial incommensurable.
La famille de Toshiko est de condition sociale modeste. Propriétaires d’un pressing, ses parents doivent reconstruire petit à petit leur commerce, détruit pendant la guerre. L’histoire se déroule au début des années 50 mais l’ombre de la guerre flotte encore sur la vie des gens, qui luttent avec vigueur pour se sauver de la misère. A la reconstruction difficile des bâtiments s’adjoint le retour des prisonniers de guerre, libérés du front russe après plusieurs années de captivité. La vie est dure mais les liens familiaux sont très forts dans la famille et chacun essaie de vivre au jour le jour sans se plaindre. Kinuyo Tanaka joue Masako, la mère courage typique des films d’après-guerre. Dévouée, prête à se sacrifier pour le bonheur de ses enfants ou de son mari, pleine de ressources et ne se plaignant jamais, elle mène d’une main délicate les rênes de la famille.
Pendant la guerre, leur commerce ayant été saisi, Masako et Ryosuke ne peuvent pas encore relancer leur activité. Ils essaient donc tous de participer à leur manière à la vie économique de la maison. Il y a Toshiko, l’aînée qui laisse déjà entrevoir les premiers signes du passage à l’âge adulte et qui se démène avec sa mère sur les marchés, Ryosuke, le père, fort comme un boeuf qui en est réduit à travailler comme gardien dans une usine. A cette famille laborieuse s’ajoutent Chako, la cadette et Tetsuo, le fils de la soeur de Masako. Très vite oublié, Susumu, le fils aîné, meurt après s’être échappé du sanatorium où il a été placé en raison de sa condition de santé. Naruse laisse disparaître ce personnage avec une distance qui fait tressaillir. Victime expiatoire de la guerre, le Japon manquant terriblement de médicaments et d’infrastructures pour soigner les plus malades, Masako sera la seule à vraiment éprouver de la tristesse lors de sa disparition. Les autres personnages semblent presque nier l’existence même du grand frère, ne l’évoquant jamais.
Le temps passe et la famille retrouve ses droits sur son commerce. A peine le temps de respirer que Ryosuke tombe malade. Il refuse catégoriquement d’être placé à l’hôpital en prétextant que le coût des soins viendrait à bout des maigres économies de la famille. Avec un mari alité et souffrant, Masako jongle entre le pressing, les soins à apporter à son mari et les besoins quotidiens des enfants. Sans jamais se plaindre. Si bien que la mort de son mari passera elle aussi presque inaperçue, conséquence évidente et admise par tous que ce sont les temps qui dictent ces règles inacceptables.
Bien que l’histoire soit ponctuée de multiples drames, l’atmosphère générale du film n’en demeure pas moins pleine d’humour et de bonne humeur. Entre les circonvolutions romantiques et les quiproquos amoureux de Toshiko, les mésaventures du pressing et les frasques des enfants, Okasan reste un film qui irrise la fraîcheur et une joie toujours consummée. En cela, le film se démarque des grands films des années 50 du réalisateur où subsistaient toujours une mélancolie et une tristesse sombres et pesantes. A plusieurs reprises, des pans entiers du film s’évadent dans la légèreté et l’humour intervient en masse, reléguant les moments dramatiques à la mémoire immédiate, qui les oublie sans se faire prier. La chanson Que Bella Donna interprétée avec un talent douteux par Shinjiro, qui courtise Toshiko, lors du festival de printemps, les gâteaux surprises du même jeune homme… Ses tentatives ratées de séduire Toshiko sont nombreuses et sont véritablement un moyen de désamorcer le véritable drame du film : l’adoption de Chako par un oncle. Cette pratique était très courante dans le Japon d’après-guerre. Pour ne pas tomber dans la misère la plus totale, il était fréquent que des couples acceptent que l’un de leurs enfants soit adopté par des membres de leur famille. Chako ne quitte pas son domicile de gaité de coeur mais elle le fait dignement. Masako l’accepte elle aussi, consciente de la difficulté pour une mère seule de donner satisfaction aux demandes de ses enfants.
Naruse montre une fois de plus dans ce film un talent évident pour éviter le misérabilisme. La mort de Susumu est vraiment un exemple parfait de cette propension à nier le malheur en lui ôtant le droit à l’image. C’est dans une ellipse d’une simplicité déconcertante que le film passe d’une conversation entre une mère et son fils malade aux remerciements d’après cérémonie funéraire, comme si Naruse se refusait catégoriquement à céder à l’appel de la tristesse. Le désespoir fait rage mais il reste dans l’ombre des petits bonheurs qui ponctuent l’existence de Masako.

ついさっき判ったことですが、「おかあさん」は昨年10月にNHK BS で TV 放映されたのだそうです。Ernesto Mr. T は 日本の TV をほとんど見ないので、全然知りませんでした。NHK もなかなかやりますね。スペインの TVE のように受信料を無料にすれば、もっと良いのですがねえ。